Notre journaliste s'embarque à la quête de la "demoiselle au long bec", hors du marché et des tables des restaurants.
La saison de la chasse s'ouvre pour cet oiseau mystérieux, illégal à la vente et à la consommation. Notre journaliste s'associe à cette quête pour découvrir la "demoiselle au long bec".
Vous êtes sans doute familier avec le goût délicat des perdreaux gris ou la puissance du gibier écossais. Pourtant, chaque automne, une mélancolie vous envahit, car l’expérience de la bécasse vous échappe. "C'est un oiseau discret et difficile à retrouver", explique Paul-Henry Hansen-Catta, rédacteur en chef du magazine Plaisirs de la chasse. Ce gibier est destiné aux puristes, éloigné des viandards. Le bécassier se définit souvent comme un amateur de raffinement et de culture, un peu comme vous, mais avec un point crucial : vous n'avez jamais tenu une arme.
Face à cette difficulté, vous envisagez de la déguster dans un restaurant. Cependant, cela s'avère impossible. Les règles interdisent non seulement le commerce de la bécasse, mais également son service dans des établissements. Le décret du 25 novembre 1977, initié par le Club national des bécassiers pour préserver l'espèce, spécifie que "le colportage, la mise en vente, la vente ou l'achat des spécimens de bécasse des bois (Scolopax rusticola) est interdit, qu'ils soient vivants ou morts". Vos fantasmes gastronomiques s'envolent donc.
Un nuit brumeuse, dans un bar, des habitués partagent des souvenirs culinaires : "Autrefois, on en trouvait chez Untel...". Ce restaurant a pourtant fermé ses portes il y a près de vingt ans. Aujourd'hui, aucun chef n'oserait prendre le risque d'incorporer la bécasse à sa carte, malgré une demande timide. Un chef reconnait : "Nous recevons des demandes pour cet oiseau, mais nous les refusons d'emblée à cause des risques d'inspection".
Vous envisagez même de suivre le vol migratoire de l'oiseau pour croiser son chemin là où les réglementations sont plus flexibles. Avez-vous entendu la rumeur qui court au Pays basque ? Dans certaines venta, ces épiceries perchées sur la crête, ceux qui s'installent au fond du restaurant, en territoire espagnol, peuvent savourer des bécasses juteuses, tandis que ceux en France se contentent d'aimables palombes.
Prêt à partir pour Hendaye, vous vous rendez pourtant compte que les règles espagnoles se sont harmonisées avec celles de la France, rendant également leur vente illégale. Frustré, vous contactez de potentiels revendeurs clandestins jusqu'à ce qu'un intermédiaire accepte de négocier. Mais vous apprenez qu'il vous en coûtera entre 85 et 150 euros. Avec une telle somme, pourquoi ne pas publier une petite annonce dans la rubrique "Amitiés bécassières" du Chasseur français, pour vous faire inviter à un repas préparé par un chasseur passionné ?







