Un marché dominé par l’importation
Chaque année, plus de 80 % des fleurs coupées consommées en France proviennent de l'étranger. Les Pays-Bas se positionnent comme le principal fournisseur, en tant que centre logistique clé en Europe, mais de nombreuses variétés proviennent de pays distants tels que le Kenya, l'Équateur, la Colombie et l'Éthiopie. Ces régions profitent de conditions climatiques idéales : ensoleillement abondant, sols riches et températures stables, permettant une production à moindre coût.
Ce phénomène est particulièrement visible pendant l'hiver, lorsque le marché français est approvisionné, surtout durant les périodes de forte demande comme Noël ou la Saint-Valentin. Ironiquement, alors que notre consommation de fleurs atteint son apogée lorsque le climat est le plus froid, la production locale peine à répondre à ces besoins saisonniers sans systèmes de chauffage adéquats.
Une origine invisible et des consommateurs dans le flou
À la différence des produits alimentaires tels que fruits et légumes, les fleurs ne sont pas soumises à une obligation d'étiquetage sur leur provenance. Ainsi, en achetant un bouquet, le consommateur ignore s’il provient d’une serre locale ou des plantations lointaines. Les fleuristes, bien qu’ils puissent choisir de divulguer cette information, ne sont pas légalement contraints de le faire. Cela laisse les consommateurs dans une incertitude, même ceux qui portent un intérêt particulier à l'éthique de leur consommation.
Les tableaux ci-dessous résument les principales origines des fleurs importées et leurs caractéristiques :
- Kenya: Climat stable et proximité d'un aéroport, mais des conditions de travail précaires.
- Équateur: Sols volcaniques riches, mais une production intensive avec un transport aérien coûteux.
- Pays-Bas: Production sous serre, mais une forte consommation d'énergie.
Une réalité économique et sociale complexe
Ce manque de transparence profite aux acteurs du marché, notamment aux Pays-Bas qui contrôlent une grande part des échanges grâce à leurs bourses florales. Les tentatives d'imposer un étiquetage sur l'origine des fleurs rencontrent des obstacles, notamment dû au cadre législatif européen, qui n'a pas encore élargi ses règles d'étiquetage aux fleurs coupées.
Paradoxalement, alors que le transport aérien des fleurs semble poser un dilemme environnemental, les études montrent que les fleurs cultivées sous serre en Europe peuvent avoir un impact carbone similaire, voire supérieur, à celui des cultures en plein air dans les pays du Sud. En revanche, l'impact social, avec des conditions de travail souvent déplorables et l'usage de pesticides non réglementés, reste une zone d'ombre pour le consommateur.
Face à ces constats, des initiatives locales comme La Fleur française commencent à émerger, visant à promouvoir les producteurs locaux et à encourager des circuits de distribution plus transparents. Toutefois, ces efforts demeurent limités par l'importance des importations et par la méconnaissance du public quant aux réalités de la consommation florale.







